Huey Long a déployé de nombreux efforts, il a même dû utiliser certains astuces pour convaincre le public et la législature que l’ancien capitole de style néogothique (1850), semblable à un château avec ses tourelles n’était plus adéquat et qu’un nouveau capitole avec une structure moderne et efficace contribuerait éventuellement à la croissance et à la richesse de l’État. Vous pouvez voir dans notre album, des photos de l’ancien capitole, de l’ancienne demeure du gouverneur (1930) et de la nouvelle inspirée de la Maison Blanche.
L’histoire de Huey Long est intéressante et d’actualité. En 1934, il créa un programme « Partageons notre richesse » avec comme devise « Chaque homme est un roi ». Cette réforme proposait la redistribution de la richesse afin de lutter contre la pauvreté et le crime d’après la Grande Dépression, en taxant les revenus nets des grandes sociétés et des plus nantis de l’État. Il était un fervent critique du système de la Réserve fédérale. Charismatique et très populaire pour sa réforme sociale et sa volonté de la mettre en application, Long fut accusé par ses adversaires d’avoir des aspirations personnelles et de vouloir contrôler le gouvernement de l’État. Au sommet de sa popularité, il fut assassiné le 8 septembre 1935 au nouveau capitole, trois ans seulement après son inauguration en mars 1932. Il est décédé deux jours plus tard à l’âge de 42 ans. Sur son lit de mort, il demandait à Dieu de le laisser vivre car il lui en restait tellement à faire. Sa dépouille et un magnifique monument surmonté de sa statue font maintenant face au capitole. C’est l’histoire qui déterminera si le capitole qu’il voulait moderne et efficace l’est vraiment et si sa structure particulière défiera le temps…
De style Art déco, les architectes (Weiss, Dreyfrous et Seiferth) ont utilisé le symbolisme dans la conception de tout l’édifice. Au 22e étage, la tour devient un octogone avec quatre immenses figures allégoriques ailées à chaque coin comme des gardiens de la Justice, la Philosophie, les Sciences, et les Arts qu’ils représentent. Quarante-huit marches montent à l’entrée principale, le nom d’un État, selon la date d’entrée dans l’Union, est inscrit sur chacune des marches, ceux de l’Alaska et d’Hawaï ont été ajoutés à la 48e marche. Des pélicans, oiseau emblématique de l’État, décorent le côté des marches et sont utilisés abondamment partout dans l’édifice. Des monuments gigantesques se trouvent de chaque côté des escaliers, Les patriotes d’un côté et Les pionniers de l’autre. La frise sculptée autour de la base de l’édifice illustre différentes pages de l’histoire et des figures, grandeur nature, des personnages qui ont marqué la politique de l’État sont également sculptés sur les murs extérieurs du Sénat et de la Chambre.
Au niveau principal, se trouve un superbe mémorial hall en marbre avec au centre une carte de bronze de la Louisiane entourée des noms de ses 64 paroisses et un éventail des produits de l’État ainsi que le Sénat et la Chambre des représentants. Les deux immenses murales peintes à l’huile sur canevas par Jules Guérin, sont des scènes idéalisées des travailleurs agricoles et de l’abondance du côté du Sénat et des représentations mythiques de la littérature et de la musique du côté de la Chambre des représentants. Les enfants d’une école primaire qui visitaient le capitole en même temps que nous, semblaient intimidés par les nombreux nus présents dans ces deux murales, c’était d’ailleurs une première pour nous depuis le début de notre tournée des capitoles.
Également dans le hall les drapeaux des différentes nations qui ont gouverné la Louisiane -- Castille et Léon (Territoire espagnol 1230-1516), Bourbon de France, Bourbon d’Espagne, l’Angleterre, la France, le drapeau américain avec 15 étoiles, celui de la République de l’ouest de la Floride (qui n’exista que pendant quatre semaines), le drapeau de l’État de la Louisiane et le drapeau américain d’aujourd’hui. Des statues en marbre blanc, deux fois plus grandes que nature, de quatre gouverneurs de l’État dont celle de Bienville, premier gouverneur de l’époque coloniale sont également exposées dans le mémorial hall.
Les panneaux des magnifiques portes de bronze qui ouvrent sur les Chambres ont été soigneusement exécutés par des artisans réputés. Les panneaux des portes de la Chambre représentent des pages de l’histoire de l’État et ceux du Sénat des pages de l’époque coloniale, dont celle du traité de l’achat de la Louisiane en 1803.
Les autres étages abritent différents bureaux du gouvernement et ne faisaient pas partie de la visite guidée. Nous avons pu assister aux débats de la Chambre, non pas des tribunes mais avec les nombreux lobbyistes qui faisaient le va-et-vient de leur chaise aux représentants qu’ils consultaient au sujet des débats en cours. On se sentait en pays latin, il y régnait une atmosphère du tonnerre, avec beaucoup d’humour de la part des représentants, la bonne humeur régnait et les applaudissements étaient nombreux et chaleureux. La session a commencé le 31 mars et doit se terminer au plus tard le 23 juin 2008. Beaucoup de pain sur la planche nous a-t-on dit avec des questions aussi épineuses que l’augmentation de la sentence minimum à 25 ans pour les criminels possédant des armes à feu.
La plate-forme d’observation du 27e étage offre une vue spectaculaire sur le Mississippi qui coule majestueusement vers le Golf, les magnifiques jardins qui entourent le capitole, les casernes, Pentagon barracks, construites (1819) pour accueillir une garnison de l’armée américaine de 1810 à 1885 et l’ancien arsenal (1838), la ville de Bâton Rouge et à distance le campus de l’Université de l’État. Le parc du capitole qui est immense, compte des centaines de chênes séculaires drapés de mousse espagnole ainsi qu’un tumulus sur lequel reposait, il y a plus de 1 000 ans, le temple d’une tribu amérindienne. La présence humaine sur le site remonte à plus de 3 500 ans.
Nous y avons reçu un accueil chaleureux et les dames qui parlaient toutes le « Cadien », nous ont particulièrement bien renseignés sur les endroits à visiter et où acheter les meilleures fraises et écrevisses de la Louisiane. Un merci bien spécial à Myrtis Grotoir pour sa grande générosité.
Certains vous diront que le capitole de Bâton rouge est l’un des plus richement décoré, d’autres, comme nous, diront que la profusion des éléments décoratifs, les couleurs foncées du marbre, le peu d’éclairage naturel et les différents styles de sculpture nuisent à l’appréciation de l’édifice dans son ensemble.