Depuis plusieurs semaines, surtout en raison des succès de John McCain, on fait beaucoup état de l’importance de l’aile conservatrice du Parti républicain. Ce groupe, qui se veut le défenseur de l’orthodoxie républicaine, estime que M. McCain n’est pas suffisamment conservateur et ne constitue pas, par conséquent, le meilleur candidat pour affronter le Parti démocrate. La réunion annuelle de ce groupe influent de conservateurs a eu lieu, la semaine dernière à Washington et tous les ténors républicains, y compris le Président Bush étaient de la rencontre. On y attendait, selon les médias, M. McCain de pied ferme, surtout qu’il n’avait pas participé à cette conférence depuis quelques années. Nous sommes au lendemain du « Super Mardi » et finalement ce ne sera pas tellement John McCain mais plutôt Mitt Romney qui fera la nouvelle du jour en annonçant l’arrêt de sa course à l’investiture républicaine. Nous avons vu et entendu les discours des deux protagonistes et c’est surtout les propos de M. Romney qui nous ont impressionnés. En effet, au-delà de ses motifs pour abandonner la course, il a fait l’apologie de la doctrine républicaine d’une façon qu’il ne nous avait pas été donné d’entendre très souvent. Cette rubrique va donc être consacrée à l’essentiel de ses propos et qui sait, elle contribuera peut-être à mieux comprendre les différences entre les deux partis.
Il y est d’abord allé en signalant que les « principes conservateurs » sont plus essentiels que jamais. Une nouvelle vague de défis menace la prospérité, la sécurité et le futur du pays. Il est convaincu qu’à défaut de changer d’orientation, l’Amérique (America) ressemblera à la France du 21e siècle -- une grande nation bien sûr, mais non le chef de file et la superpuissance mondiale.
Ensuite, il fait appel à des commentaires de l’Israélien Simon Peres. Ce dernier a déclaré, à Boston, que l’Amérique (America) était unique dans l’histoire du monde. Dans l’histoire des conflits mondiaux, le gagnant s’empare des territoires du vaincu. Une nation dans l’histoire, et ce au dernier siècle, a sacrifié des centaines de milliers de vie sans s’approprier de nouveaux territoires. Pas de prise de territoire en Allemagne, au Japon ou en Corée. L’Amérique est la seule nation à avoir sacrifié autant pour sa « liberté » et celle de tous les pays de la terre qui chérissent cette valeur. M. Romney croit que le meilleur allié que la paix n’a jamais eu et n’aura jamais, c’est une Amérique forte.
Il estime que le plus grand défi qui confronte l’Amérique (America) est une attaque contre sa culture. Il est convaincu que la culture a été décisive dans le devenir des grandes civilisations et il s’inquiète de ce qui se passe dans son pays.
Quelles sont les caractéristiques de la culture Américaine qui en ont fait la nation la plus puissante de l’histoire du monde? Le travail et l’éducation en sont les principaux éléments et un autre serait la possibilité de se réaliser (le rêve américain). Nous sommes presque tous des immigrants ou descendants d’immigrants venus ici pour justement saisir l’occasion de se réaliser, c’est dans nos gênes, dira-t-il. Les Américains croient en Dieu et ceux qui n’ont pas la foi, croit généralement en un être supérieur -- « ce qui donne un sens à la vie ». Les Américains se sacrifient pour leur famille, leur liberté et leur pays. Les valeurs et croyances du peuple américain sont au centre de la force de ce pays et elles le demeureront toujours, voilà l’essence de ses propos.
Toujours selon lui, les menaces à la culture viennent de l’intérieur. Les programmes de sécurité sociale des années 1960 auraient créé une « culture de la pauvreté ». Certains croient que les conservateurs ont gagné la bataille lors de la réforme de la sécurité sociale, mais les libéraux n’ont pas encore capitulé. À chaque occasion, ils essaient de substituer les « largesses du gouvernement » à la « responsabilité individuelle ». Les libéraux essaient d’éliminer la nécessité du travail dans les conditions d'admissibilité à la sécurité sociale, de faire en sorte que plus de gens soient admissibles à l’assistance médicale (Medicaid) et de réduire de plus en plus le nombre de personnes devant payer des impôts. Selon les théories conservatrices, « la dépendance aux programmes gouvernementaux » tue l’initiative, diminue la prise de risque et l'obligation de se prendre en main. La dépendance, c’est une drogue qui détruit la culture et elle doit être combattue avec la plus grande énergie.
Les attaques contre la foi et la religion ne sont pas moins implacables. La tolérance de la pornographie, même la célébration de cette dernière -- la promiscuité sexuelle ainsi que les incitatifs tordus des programmes gouvernementaux de sécurité sociale nous ont menés aux tristes réalités d’aujourd’hui : 68 % des enfants Afro-américains, 45 % des enfants Hispaniques et 25 % des enfants Caucasiens naissent en dehors du mariage. N’est-ce pas d’autant plus difficile pour ces enfants de réussir à l’école et dans la vie ajoute-t-il. Une nation bâtit sur les principes édictés par ses Pères fondateurs ne peut réussir quand ses enfants sont élevés sans la présence d’un père à la maison.
Le développement d’un enfant est grandement amélioré par la présence d’une mère et d’un père. Une telle famille est la base pour le futur de l’enfant et de la nation. Il va même jusqu’à se demander comment des juges, comme certains dans le Massachusetts, peuvent être si ignorants de ce fait, si évident au cours des millénaires de l’histoire humaine. Le temps est venu pour le peuple Américain de renforcer « l’institution du mariage » par des amendements constitutionnels afin que les juges libéraux ne puissent continuer de l’attaquer.
L’Europe qui connaît un énorme problème démographique est selon lui le résultat inévitable de la « diminution de la croyance au Créateur », de « l’affaiblissement des liens familiaux », du manque de respect à l’endroit du « caractère sacré de la vie humaine » et d’une « moralité en déclin ». Certains prétendent que la culture est un accessoire de la vitalité américaine, au contraire, dit-il c’est la source de notre force. Nous ne sommes pas affectés par les détracteurs ou les experts furtifs lorsque nous défendons nos valeurs familiales, notre moralité et notre culture. Nous serons toujours fiers d’agir selon nos principes et de les défendre.
Il a aussi fait état des difficultés économiques et de la concurrence internationale mais dans des termes qui nous sont plus familiers.
Il estime que la prospérité et la sécurité des États-Unis sont intimement liées à l’indépendance énergétique. Les producteurs de pétrole tels que la Russie, le Vénézuela, l’Arabie Saoudite et l’Iran siphonnent quelque 400 milliards de dollars par année dans l’économie américaine, presque l’équivalent du budget de la défense. Il admet qu’ils ont pris du retard dans l’investissement dans les technologies de l’énergie, le charbon propre, le charbon liquide, les ressources renouvelables, l’énergie nucléaire et l’amélioration du rendement des différentes sources d’énergie. Selon lui, l’Amérique ne doit jamais devenir l’otage de dirigeants tels que Putin, Chavez et Ahmadinejad.
L’économie est également accablée par la croissance inexorable des dépenses gouvernementales (big government). Les engagements dans les programmes représentent 60 % des dépenses du gouvernement fédéral aujourd’hui. À la fin du deuxième terme du prochain président, ils atteindront 70 %. M. Romney affirme que le prochain gouvernement conservateur doit apporter des changements à ces engagements et non seulement se contenter d’en constater la croissance.
De plus, selon lui, la plus part des politiciens ne semblent pas comprendre le lien entre la position concurrentielle et la richesse nationale de même que celle des familles. Ils agissent comme si l’argent était un puits sans fond qui est tout simplement là pour les satisfaire. Cependant, chaque dollar représente un service offert ou un produit manufacturé dans le secteur privé. Toute nuisance au fonctionnement du secteur privé entraîne des conséquences négatives sur le niveau de vie des Américains.
C’est exactement ce qui arrive lorsque les taxes sont élevées, qu’il y a une surabondance de règlementation, des règlements exagérés de contestations en cours, des gouvernements qui reçoivent trop (impôts) et dépenses trop. Selon lui, vous n’avez qu’à penser qu’aujourd’hui, les employés du gouvernement gagnent davantage que ceux du secteur privé. Pouvez-vous vous imaginer dit-il, qu’est-ce qui arrive à une économie lorsque les meilleures possibilités d’emploi sont des postes de bureaucrates.
C’est pressant de réduire les taxes, incluant les impôts des entreprises, de couper la réglementation gouvernementale, de réformer les programmes et de résister à l’appétit insatiable des syndicats dans notre gouvernement précise-t-il.
Finalement, il a abordé ce qui représente le plus grand défi de l’Amérique et de tout le monde civilisé; la menace d’un Jihad violent et radical. Un segment du monde de l’Islam qui croit que tous les gouvernements doivent être détruits et remplacés par des califats (religieux). Ces Jihadistes combattent toute forme de démocratie. Pour eux, la démocratie est un blasphème en ce que ses lois sont déterminées par des citoyens plutôt que par Dieu. Ils croient que l’égalité entre les hommes est un concept offensant.
Toujours selon lui, pour combattre cette menace, les États-Unis ont dispersé de braves et courageux soldats dans le monde entier. Mais le gouvernement Clinton en a réduit le nombre de plus de 500 000 et a retiré 80 navires de la Marine tout en réduisant le personnel de renseignements de 25 %. Nous avons eu les dividendes de ces actions mais n’avons pas gagné la paix. Devant le mal que représente le Jihad radical et les inévitables ambitions militaires de la Chine, nous devons augmenter notre puissance militaire et les dépenses militaires à 4 % de notre produit national brut. Il faut également acheter les armes les plus modernes, réorganiser nos forces de combat pour faire face aux demandes du monde d’aujourd’hui et s’occuper de nos vétérans adéquatement.
Ce sont là les principaux éléments d’un discours que l’on entend peu sur la place publique et surtout qui sont peu commentés dans les nouvelles. Il est fort révélateur, à notre avis, de la conception républicaine de l’organisation politique, sociale et économique des États-Unis. L’avenir nous dira si cette vision est toujours populaire auprès de la population américaine.
Au cours de la semaine, nous avons eu d’autres exemples de la pensée conservatrice que nous vous laissons en guise de conclusion. Dans un cas, il a été suggéré qu’un programme d’assurance nationale contre les catastrophes naturelles soit mis en place -- un commentateur conservateur s’élevait contre cette suggestion en soumettant que les gens de Boston n’avaient pas à payer pour ceux qui choisissaient de s’installer dans des régions plus exposées aux tremblements de terre ou aux tornades. Dans un autre cas, un employeur régional important a émis un communiqué à ses employés pour leur suggérer fortement de voter pour un certain parti, à défaut de quoi il craignait pour le futur de l’entreprise. Alors que des commentateurs s’élevaient contre cette pratique, notre même intervenant conservateur s’en remettait d’une part, à la liberté des patrons de s’exprimer et d’autre part à celle des employés d’aller travailler ailleurs s’ils n’appréciaient pas cette intervention.