Notre tournée des capitoles qui a commencé à la mi-octobre 2007, à Trenton (New Jersey), s’est terminée le 23 octobre dernier avec la visite de notre 48e capitole des États continentaux, celui d’Hartford (Connecticut).
À bien y penser, nous n’aurions pas pu choisir meilleur couronnement à notre aventure. Avec ses tourelles, ses pignons, ses fleurons, ses rosaces, ses gargouilles et ses nombreuses tours chapeautées de statues, le dôme doré de ce capitole, mi-cathédrale mi-château moyenâgeux, évoque l’image d’un beau gros gâteau de noces étagé, avec à son sommet ce qui pourrait facilement ressembler à une figurine de nouveaux mariés, devant la façade d’une église.
Puis lorsque nous nous sommes présentés à la porte d’entrée principale, c’était la fête. Des caméras de la télévision nationale, des dignitaires se succédaient au podium, de nombreux enfants d’écoles primaires et des personnages d’une autre époque s’étaient réunis dans le grand hall non pour des noces mais pour le dévoilement de la statue de Prudence Crandall (1803-1890).
Fondatrice d’un pensionnat pour filles à Canterbury, Prudence accepta un jour la venue d’une élève de race noire ce qui provoqua le retrait immédiat des autres élèves. En avril 1833, avec le soutien de la société anti-esclavagiste, elle fonda une académie pour jeunes filles de race noire. Il s’agissait de la première institution privée en Nouvelle-Angleterre pour jeunes filles afro-américaines. Malheureusement, l’institution fut victime d’harcèlement, de menaces et de procès, à un point tel, qu’elle dut fermer ses portes. Toutefois, le courage de Prudence Crandall et ses efforts pour faire avancer les droits des noirs portèrent leurs fruits et la « Black Law » fut abolie en 1838. En 1995, les élèves d’une école primaire de New Canaan proposèrent que Prudence Crandall soit reconnue comme héroïne nationale et que sa statue soit érigée au capitole. Cette idée a fait boule de neige et des enfants, particulièrement ceux de Bristol, Plainville et de South Windsor, ont mis de l’avant le concept « des sous noirs pour Prudence » augmentant ainsi de façon significative le financement requis pour la réalisation du projet.
Le hasard aura voulu qu’on y soit le jour même de l’inauguration. Il n’y avait pas eu de dévoilement au capitole depuis 1886, alors qu’on rendait hommage à Nathan Hale, un espion au service du Général George Washington durant la guerre d’Indépendance qui n’avait que 21 ans lorsqu’il fut capturé et pendu pour trahison par les soldats britanniques à Manhattan.
Qui plus est, nous étions attendus au Capitole d’Hartford, un guide rencontré à Montpellier (Vermont) nous avait réservé un tour personnalisé et toute l’équipe avait été mise au courant de notre aventure. La table était mise pour une visite des plus agréables et pour de belles rencontres.
C’était pour remplacer le parlement national de 1792 de l’architecte Charles Bulfinch, dont il a été question dans nos descriptions des capitoles de Boston et d’Augusta, que l’Assemblée vota un budget de 2 millions 500 milles dollars en 1871. L’architecte Richard M. Upjohn, connu surtout pour ses cathédrales et églises de style gothique, en dessina les plans et le nouveau capitole d’Hartford fut inauguré en janvier 1879. Il est intéressant de noter que contrairement à la coutume et même si Harford est la capitale depuis 1636, le Connecticut a eu deux capitales de 1701 à 1874, New Haven et Hartford. L’investissement pour le nouveau capitole aurait finalement officialisé la ville d’Hartford comme capitale.
Perché au sommet d’une colline face au pittoresque et immense parc Bushnell, de style gothique-victorien, style très populaire en Europe et en Nouvelle-Angleterre au moment de sa construction, ce capitole de trois étages est très certainement le plus ornementé du pays. Son extérieur en marbre local (East Canaan) et en granit du Rhode Island (Westerly, petite ville qui chevauche les frontières des deux États), compte au moins un portique sur chacune de ses façades garnies de statues de personnages éminents et de bas-reliefs illustrant des scènes historiques. Son dôme doré à la feuille et ceinturé de douze statues domine tous les gratte-ciel du centre-ville.
C’est du troisième niveau que les détails architecturaux et décoratifs de la rotonde, de l’intérieur du dôme et des sols, dont les étoiles forment les pointes d’un compas -- motif que l’on retrouve dans les lustres, les pierres, le plâtre, le métal et les vitraux un peu partout dans l’édifice -- sont les plus spectaculaires.
Le Sénat, dont les 36 pupitres de chêne des sénateurs forment un cercle autour de la tribune du président du Sénat, dont le fauteuil fut sculpté dans le bois du chêne dans lequel fut cachée la Chartre accordée à la Colonie en 1662 par le Roi Charles II, dont il est question dans la rubrique « Histoire ». La Chambre des représentants qui abrite 151 membres, a retrouvé sa splendeur d'origine lors de la restauration des années 1980. Il s'agit d'une une immense pièce aux magnifiques fenêtres gothiques qui laissent filtrer des rayons de lumière qui réchauffent l’atmosphère et les décorations ostentatoires et opulentes de son style victorien. Tous les législateurs sont élus pour un mandat de deux ans et ne sont pas soumis à un nombre déterminé de mandat.
Le capitole abrite les branches législative et exécutive du gouvernement d’État. Les bureaux des législateurs et ceux des agences gouvernementales sont situés dans un édifice adjacent le Connecticut Legislative Office Building, relié au capitole par un tunnel et qui contient lui aussi de nombreux trésors artistiques. Le sceau de l’État, trois ceps et la devise « Celui qui est transplanté doit survivre » représente pour certains les trois premières villes de l’État -- Windsor, Wethersfield et Hartford -- et pour d’autres, il représente les trois colonies qui en 1665 ont fusionné pour former le Connecticut du temps. Quoiqu’il en soit, les citoyens en sont sûrement très fiers puisqu’on le retrouve un peu partout -- tapis, vitraux, chaises et pentures.
Le capitole du Connecticut, au Registre national des sites historiques des États-unis depuis 1971, figure comme l’un des édifices publics de style gothique-victorien des plus raffinés au pays. Une restauration importante s’est échelonnée de 1979 à 1989.
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